Test avant déménagement

J’ai décidé, il y a une semaine, de lui faire passer un test pré-déménagement, afin d’évaluer à son insu ses capacités ménagères. Suis-je fourbe ? Mais si j’en piaffais encore il y a quarante-huit heures, ma petite combine commence à me ficher des angoisses. Plus le temps passe et plus je me demande si c’était vraiment la meilleure idée. Sur les quatre ampoules de la lampe du salon, une seule fonctionne encore. Les cadavres de bulbes ont échoué sur la console de l’entrée sans que la relève pointe le bout de son filament. Il fait de plus en plus sombre au salon, mais Paul allume la rampe de spots dont l’éclairage sinistre me fiche un cafard épouvantable. Il ne reste qu’un rouleau de papier de toilette. Tous les jours, je rationne ma consommation. J’en suis bientôt à un carré par passage à la salle de bains ! Et je suis enceinte… donc nombreux passages, ce qui réduit considérablement la durée de vie de notre ultime rouleau. Je puise depuis hier dans le rayon surgelés du frigidaire des idées de repas de moins en moins variés. J’ai cru sentir un frémissement hier soir de la part de Paul – l’estomac étant son talon d’Achille. Mais plus l’heure de la fermeture des magasins avançait, plus mon espoir qu’il fasse des courses diminuait. Sur le coup de 19h30, il m’a achevée d’un « Je sors boire un verre avec ce type de Londres. Tu sais, celui qui bosse sur le développement d’énergies liées aux courants marins. Nous irons sûrement dîner ensuite. Ça te va ? » Arghhhh ! J’ai peur que la femme de ménage ne vienne saboter mon dernier atout : le panier à linge sale. Il déborde. Mais elle est si efficace, comment l’empêcher de prendre d’assaut la buanderie ?

J’ai reçu, il y a peu, ce message d’une amie via Internet. Je dois dire qu’il m’a mis du baume au cœur. En le relisant ce matin, je me suis sentie moins seule.