Le prix de la passion

Et voilà comment la passion, depuis toujours considérée comme la pire calamité qui puisse s’abattre sur nous et sur nos couples, s’est imposée, en quelques générations, comme le nec plus ultra de la conjugalité. Pur produit de cette quête forcenée de symétrie, elle nous tend un miroir qui résout tous les atermoiements de la liberté et de l’égalité. Un miroir narcissique et atemporel qui gomme les différences, à commencer par la différence des sexes, pour nous abîmer dans la fascination de l’autre, parfait reflet de nous-mêmes. La passion, vantée et encouragée par les médias et les progrès de la communication – les mails, les textos, qui nous permettent d’être « reliés » mais surtout ficelés, enchaînés à l’autre sans interruption –, entretient le mirage de la similitude, la sensation merveilleuse que l’autre est nôtre, complètement, qu’il répond à tous nos besoins, comme nous répondons à tous les siens. Comme un sein maternel comble le nourrisson, qui se délecte d’être ainsi rassasié, mais enrage également d’être aussi dépendant de cet autre sans qui il n’existe pas.

L’angoisse du vide est le pendant de la passion. Les couples fusionnels finissent la plupart du temps par en faire l’amère expérience : comment me sentir exister si l’autre n’est plus là pour me tendre le miroir ? Et comment me remplir, s’il ne me comble plus ?