Le couple, entre solidarités et pouvoir, amour, infidélite et inégalités

Le couple est généralement perçu comme le produit d’un processus d’institution qui conduit chaque partenaire à partager un esprit commun et une vision particulière du monde (Bourdieu, 1993b, 1994), Dans la sphère privée, les partenaires manipulent l’argent de manière à répondre à cette prescription culturelle de la cohésion familiale (Ferree, 1990) qui leur semble aller de soi. En ce sens, le couple fonctionne comme une « fiction sociale réalisée » (Bourdieu, 1993b). Toutefois, le couple est également formé par deux individus aux envies et besoins différents et parfois contradictoires. Dès lors, la construction conjugale n’est pas toujours un processus harmonieux et démocratique guidé par les émotions et l’altruisme. Elle s’élabore également dans les rapports de forces, dans les inégalités et dans la construction des différences.

L’usage de l’argent est un instrument de conjugalité dans le sens où il permet de créer un « nous » conjugal. Cependant, il exprime aussi l’individuel. L’argent est un indicateur pertinent de la place du collectif et de l’individuel dans le couple car c’est une des rares ressources, avec le temps, qui est mesurable et comparable, que l’on peut à la fois personnaliser/individualiser et mettre en commun. Intégrant à la fois la dimension individuelle et collective, fonctionnant comme un dénominateur commun aux significations multiples (Zelizer, 2005b), l’argent s’inscrit directement dans la construction matérielle et symbolique du couple et de la famille. L’usage de l’argent dans la sphère conjugale ne se résume pas à des dons et de la solidarité ou à la défense d’intérêts personnels. L’argent du couple, c’est tout cela : des tractations monétaires, des cadeaux généreux mais aussi des échanges où l’on compte sans vraiment compter, tant les ressources échangées sont de nature différente. Selon Zelizer (2005b: 316-317), « les individus s’emploient sans cesse à créer des monnaies appropriées à la gestion de situations d’autant plus complexes socialement parlant que toutes sortes de sentiments ou de rapports s’y expriment – non seulement de l’intimité mais aussi de l’inégalité ; de l’amour, mais aussi du pouvoir ; de la sollicitude, ainsi qu’une volonté de contrôle ; de la solidarité, non moins que du conflit. »