Pension alimentaire

« Je viens pour la pension alimentaire… ». Cette phrase n’est pas celle d’un adulte. Elle a été prononcée par un enfant âgé de dix ans, s’exprimant « spontanément » et avant même qu’il n’y soit invité, lors de son audition comme le permet la loi du 5 mars 2007 sur l’audition de l’enfant dans les procédures familiales. L’article 388-1 du code civil énonce que dans toute procédure le concernant, le mineur capable de discernement peut, sans préjudice des dispositions prévoyant son intervention ou son consentement, être entendu par le juge ou, lorsque son intérêt le commande, par la personne désignée par le juge à cet effet. Cette audition est de droit lorsque le mineur en fait la demande, le refus d’audition ne pouvant être fondé que sur son absence de discernement ou le fait que la procédure ne le concerne pas. Lorsque la demande est formée par les parties, l’audition peut également être refusée si le juge ne l’estime pas nécessaire à la solution du litige ou si elle lui paraît contraire à l’intérêt de l’enfant mineur. Lorsque le mineur refuse d’être entendu, le juge apprécie le bien-fondé de ce refus. Il peut être entendu seul, avec un avocat ou une personne de son choix. Si ce choix n’apparaît pas conforme à l’intérêt du mineur, le juge peut procéder à la désignation d’une autre personne. L’audition du mineur ne lui confère pas la qualité de partie à la procédure. Le juge s’assure que le mineur a été informé de son droit à être entendu et à être assisté par un avocat.

Test avant déménagement

J’ai décidé, il y a une semaine, de lui faire passer un test pré-déménagement, afin d’évaluer à son insu ses capacités ménagères. Suis-je fourbe ? Mais si j’en piaffais encore il y a quarante-huit heures, ma petite combine commence à me ficher des angoisses. Plus le temps passe et plus je me demande si c’était vraiment la meilleure idée. Sur les quatre ampoules de la lampe du salon, une seule fonctionne encore. Les cadavres de bulbes ont échoué sur la console de l’entrée sans que la relève pointe le bout de son filament. Il fait de plus en plus sombre au salon, mais Paul allume la rampe de spots dont l’éclairage sinistre me fiche un cafard épouvantable. Il ne reste qu’un rouleau de papier de toilette. Tous les jours, je rationne ma consommation. J’en suis bientôt à un carré par passage à la salle de bains ! Et je suis enceinte… donc nombreux passages, ce qui réduit considérablement la durée de vie de notre ultime rouleau. Je puise depuis hier dans le rayon surgelés du frigidaire des idées de repas de moins en moins variés. J’ai cru sentir un frémissement hier soir de la part de Paul – l’estomac étant son talon d’Achille. Mais plus l’heure de la fermeture des magasins avançait, plus mon espoir qu’il fasse des courses diminuait. Sur le coup de 19h30, il m’a achevée d’un « Je sors boire un verre avec ce type de Londres. Tu sais, celui qui bosse sur le développement d’énergies liées aux courants marins. Nous irons sûrement dîner ensuite. Ça te va ? » Arghhhh ! J’ai peur que la femme de ménage ne vienne saboter mon dernier atout : le panier à linge sale. Il déborde. Mais elle est si efficace, comment l’empêcher de prendre d’assaut la buanderie ?

J’ai reçu, il y a peu, ce message d’une amie via Internet. Je dois dire qu’il m’a mis du baume au cœur. En le relisant ce matin, je me suis sentie moins seule.

A Letter to Three Wives

Installée devant le poste de télévision, émancipée (ses deux plus jeunes enfants sont couchés), dans le ravissement et la délivrance du soir, la danseuse Elsa Platte laisse aller sa pensée autour des images devenues familières : stylée, un brin stupéfiante, le regard intelligent et précis, l’actrice Linda Darnell en aurait imposé à n’importe quelle femme. Elle avait le physique d’Ava Gardner sans en avoir l’esprit : plus chaleureux et moins sophistiqué, avec un supplément de fragilité dans un œil noir qui était moins ardent que facétieux. Sa beauté n’engendrait aucune forfanterie, altière sans être méprisante, altière et timide, en un mélange si inattendu que la timidité semblait feinte. Il ne s’y mêlait pas de dédain pour le soupirant qui s’agenouille. Cette beauté n’était pas aussi sûre d’elle-même et de sa puissance fatale. On aurait pu dire que la femme – ou le personnage qu’elle incarnait – sans ignorer son pouvoir, doutait judicieusement du bonheur vers quoi menait sa magie superficielle. Il y avait là une des formes de la pureté qui est l’espérance, une aspiration à la durée des sentiments (laquelle est un gage autant qu’un effet de leur authenticité), une sorte d’élan naïf vers l’amour, qui étaient bel et bien présents dans le rôle que jouait miss Darnell pour ce film : Madame Lora Mae Hollingsway (c’était le nom du personnage) était merveilleuse parce que romantique et tendre malgré ses artifices. Et elle était follement aimée de son mari sans l’avoir deviné, à cause des manigances dont elle avait usé pour devenir son épouse. Et à cause de sa beauté de jeune vamp (pas une de ces grâces discrètes), qui parasitait la conversation (le regard quittant sans cesse le regard, pour se porter sur les lèvres, ou l’échancrure du décolleté, ou même les jambes), bien lissée pourtant (elle avait la politesse du cœur autant que l’éducation), mais démesurée encore (c’était Hollywood), dont l’héroïne forcément voyait les effets immédiats et simplistes (envie irrépressible d’embrasser la désirable créature, de la dévêtir et de la découvrir, de la toucher à loisir et de l’allonger finalement dans sa reddition complète, de la sentir s’ouvrir et frémir et accepter sur elle le corps pesant et le désir et l’envolée). Et que c’était bref par rapport à l’architecture élaborée d’une vie ! Comme était mince ce que les hommes attendaient d’elle. Voulez-vous coucher avec moi ? Je vous trouve merveilleuse. Jamais Je vous aime, mais J’ai envie de vous faire l’amour. Une maigre proposition… Et que c’était prosaïque en comparaison d’un sentiment. Rien ! pense Elsa Platte dans un esprit de provocation. Rien ! Elle pourrait le répéter juste pour agacer un homme et le remettre à sa place. Rien ! Que croyaient-ils faire ? Une chiquenaude sur le corps d’une femme, un embrasement éphémère qui ne suffisait en aucune manière à la belle créature. En tant qu’épouse et amante, et ancienne jeune fille impassible, Elsa Platte pense que c’est peut-être le plus vif débat entre les membres de chaque sexe : quelle est l’importance du lien charnel inauguré par l’attirance ? Quelle place est celle du sexe dans la solidité (et la durabilité) d’une relation amoureuse ? En tout cas, cette joute souligne l’évidence de l’écart entre les elles et les ils. Au dire des hommes, le sexe serait crucial, cause de rupture du couple, appel à la tromperie (qui alors, par un singulier renversement, peut devenir une relation sexuelle sans importance). Il serait nécessaire mais pas suffisant, et moins important que la tendresse des liens, éprouveraient les femmes. Et, diraient-elles encore, cultivant la subtilité autant que l’humour, les jours ou les nuits sans sexe ne sont pas pour autant jours et nuits sans amour.

Ouvrage collectif sur le couple

Dans le cadre de ce double ouvrage collectif Sexualité, couple et TCC, nous nous sommes intéressés, dans le premier volume, aux bases théoriques, à la méthodologie générale ainsi qu’aux applications pratiques de la prise en charge des troubles sexuels. Ce second volume va aborder une thématique plus spécifiquement relationnelle et interactionnelle. Elle concernera, d’une part, l’ensemble des dysharmonies conjugales et leur traitement et, d’autre part, les retentissements sexuels, affectifs et conjugaux dans des situations spécifiques comme la vie de couple et la sexualité des aînés, les conséquences individuelles et affectives d’un trauma sexuel ou l’image du corps suite au cancer. Nous aborderons, enfin, la particularité du concept de dépendance affective, ouvrant la discussion à la définition du cadre de réflexion et aux propositions thérapeutiques.

Ce présent ouvrage est divisé en plusieurs parties : une première partie est consacrée aux dysharmonies conjugales et reprend, utilisant pour cela une lecture stratégique spécifique, les hypothèses, l’évaluation et les modes de prises en charge des difficultés conjugales. Il y est question de relire les paramètres classiques des TCC (le comportement aversif, le renforcement positif, les cognitions, les émotions, les habiletés sociales, les facteurs environnementaux) selon une double lecture cognitivo-comportementale et contextuelle. Les prises en charge seront alors autant basées sur les principes du renforcement mutuel que sur la communication constructive. Les auteurs y associeront les méthodes actuelles dites de la troisième vague comme l’acceptation ou la pleine conscience.

Les femmes, les hommes, le couple et l’argent

Mettre en évidence les dimensions individuelles et collectives des significations et usages sociaux de l’argent nécessite d’adopter une perspective de genre. En effet, les femmes et les hommes n’ont pas le même accès aux ressources financières. Les structures sociales et politiques d’un certain nombre de pays occidentaux sont encore largement basées sur le postulat d’une mère au foyer et d’un père engagé à plein temps sur le marché du travail. Ainsi, en Suisse, pays dans lequel se déroule cette recherche, un certain nombre d’éléments structurels, comme la structure du marché du travail, la politique familiale ou la législation fiscale, amène la majorité des mères à arrêter ou diminuer fortement leur taux d’activité professionnelle. En effet, seule une mère de famille avec des enfants de moins de sept ans sur dix exerce sa profession à plein temps (Office fédéral de la statistique, 2005a). Dès lors, les partenaires peuvent être égaux dans l’amour ou la tendresse portée à l’autre. Néanmoins dans la plupart des couples hétérosexuels avec enfants, l’homme est devenu le pourvoyeur principal des revenus5. La femme, de son côté, prend alors en charge les tâches domestiques et familiales. Elle fournit le travail ménager qui permet à son compagnon de s’engager à plein temps dans un monde professionnel qui exige des collaborateurs détachés de toutes contraintes domestiques (Beck, 2001).

Inégalité dans le couple due à l’argent

L’étude de la circulation de l’argent dans la sphère intime va nous permettre de rendre compte des dimensions plurielles de la création du couple en mettant en lumière les tensions entre, d’une part, les désirs et besoins personnels et, d’autre part, l’idéal amoureux du don et du désintérêt qui est au cœur de la construction conjugale. La solidarité et les inégalités, l’amour et l’intérêt personnel, le désintérêt pour les questions économiques et l’égoïsme ne sont pas nécessairement dichotomiques. Ils doivent être conceptualisés en tant qu’éléments moteurs de la création conjugale. Cela nous conduira à proposer une approche de l’usage et de la signification de l’argent dans la sphère intime qui conjugue les perspectives holistes et individualistes mises en évidence par la littérature. Nous pourrons, dès lors, retracer la construction conjugale des dimensions économiques de la relation amoureuse dans sa complexité et ses ambiguïtés en montrant comment des échanges conjugaux régis par le don et le désintérêt peuvent soutenir, voire renforcer des inégalités et des rapports de pouvoir entre les conjoints.

Le couple complémentaire : fini ?

Fini le temps du couple marié complémentaire, indissoluble monstre hybride à deux têtes. Les femmes attendent de moins en moins le prince charmant qui saurait les réveiller, les prendre, les surprendre, leur apprendre la vie ; et qu’elles sauraient seconder, choyer, soigner, tout comme elles prendraient en charge les enfants qui ne manqueraient pas de naître de cette union. L’époux et l’épouse, l’homme et la femme, le père et la mère ne sont plus définis par leurs statuts complémentaires mais par les relations égalitaires qu’ils expérimentent au quotidien. Dès lors, le psychisme en liberté s’oppose à la contrainte des règles et des rôles préétablis.

En passant de la complémentarité à la symétrie, le couple se retrouve dans une situation nouvelle de rivalité, où chacun se demande qui des deux est plus égal que l’autre ; qui aime le plus ; qui donne le plus ; qui est le bourreau et qui est la victime ; qui gagne et qui perd. Une source de questions inépuisable, qui alimente à l’infini les scènes d’aujourd’hui…

Je n’ai jamais fait de rêves érotiques.


Au grand dam de Paul qui m’interroge régulièrement, à l’affût d’une poussée de fièvre onirique qui le rassurerait sur mon univers fantasmagorique. Mais non. Rien. Niente. Le Big Bang inversé. L’antimatière sexuelle. Mes nuits sont aussi calmes que celles de la Belle au Bois Dormant. Je nous aurais souhaité des images licencieuses nous inspirant moultes nouvelles positions, débridant nos imaginations jusqu’à plus soif. Mais je ne fais que dormir des heures et des heures sans qu’aucune pensée grivoise ne vienne perturber mon hibernation quotidienne. Mes nuits sont de plomb, et mes réveils, sans surprise. « Alors ? Tu as fait des rêves cette nuit ? » ne manque pas de quémander mon obstiné de mari. « Non, toujours rien. » Je finis par redouter d’ouvrir les yeux, bredouille. Mais le temps passe, et je ne vois rien venir.

Cette nuit, j’ai pris un coup de vieux. Une grande claque qui m’a fait voyager dans le temps, et il a fallu que je tombe dans les années quatre-vingts. On est glamour ou on ne l’est pas. Apparemment, c’est là que s’est plu mon subconscient. J’ai rêvé que Patrick Bruel m’emmenait faire un tour en 4 x 4 dans Montmartre. Si, si.

Ni Georges Clooney, ni Matt Damon, non, Patriiiick. Tu parles d’un fantasme… J’ose à peine le dire aux moins de trente ans. D’ailleurs, j’interdis à tout lecteur ayant vu le jour après 1981 de porter son regard sur les lignes qui vont suivre, sous peine de perdre définitivement un potentiel lectorat dans cette tranche d’âge (cette génération ne lit pas, elle chante… mais bon). Je dois, quant à moi, me rendre à l’évidence, je suis de celles qui s’étaient donné rendez-vous dans dix ans.

Le prix de la passion

Et voilà comment la passion, depuis toujours considérée comme la pire calamité qui puisse s’abattre sur nous et sur nos couples, s’est imposée, en quelques générations, comme le nec plus ultra de la conjugalité. Pur produit de cette quête forcenée de symétrie, elle nous tend un miroir qui résout tous les atermoiements de la liberté et de l’égalité. Un miroir narcissique et atemporel qui gomme les différences, à commencer par la différence des sexes, pour nous abîmer dans la fascination de l’autre, parfait reflet de nous-mêmes. La passion, vantée et encouragée par les médias et les progrès de la communication – les mails, les textos, qui nous permettent d’être « reliés » mais surtout ficelés, enchaînés à l’autre sans interruption –, entretient le mirage de la similitude, la sensation merveilleuse que l’autre est nôtre, complètement, qu’il répond à tous nos besoins, comme nous répondons à tous les siens. Comme un sein maternel comble le nourrisson, qui se délecte d’être ainsi rassasié, mais enrage également d’être aussi dépendant de cet autre sans qui il n’existe pas.

L’angoisse du vide est le pendant de la passion. Les couples fusionnels finissent la plupart du temps par en faire l’amère expérience : comment me sentir exister si l’autre n’est plus là pour me tendre le miroir ? Et comment me remplir, s’il ne me comble plus ?

Qu’est-ce qu’une famille ?

La définition du couple est aussi floue, de nos jours, que celle du mot « famille ». Cette dernière a d’abord longtemps été de type « patriarcal », avec un homme dominant à sa tête et plusieurs foyers rattachés : le père et la mère, les enfants et leurs conjoints, les petits-enfants. Le couple était alors plus encadré parce qu’au centre même de la famille. L’intimité était peu respectée, la vie commune générant une grande promiscuité : on vivait souvent en groupe, dans de grandes maisons familiales. Cette structure avait des effets directs sur les époux : tout d’abord, la famille consistant en un groupe compact, cette deuxième « enveloppe » autour du couple, comme une coque aussi protectrice que contraignante, avait pour effet de le rendre plus solide (par la force des choses, on osait moins le défaire). D’autre part, le patriarche, avec son rôle de « dirigeant » aux commandes du groupe familial, représentait un pouvoir externe au couple, qui pourtant influait sur celui-ci. Le couple, en somme, devait céder à certains compromis ; il était partiellement soumis à une autorité tierce, voire à un véritable joug. Mais les décisions étaient prises par le père, en tant que chef de la famille. Enfin, la promiscuité de cette vie empêchait souvent le dialogue entre les époux, ou l’entravait tout du moins.

Le couple sous régime patriarcal suivait donc un rythme strictement lié à cette façon de vivre. Georges et Aline, retraités, racontent leur expérience :

« Nous nous sommes rencontrés à un bal de 14-Juillet, sur la place du village où nous habitions tous deux, dans le Cher. Je venais de terminer mon service militaire et je m’apprêtais à prendre ma place aux côtés de mon père dans son exploitation viticole, raconte Georges. Aline était très jolie. Elle portait une robe jaune pâle ce jour-là, au bal ; je me souviens très bien ! »